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Retour sur la Lune : la NASA peut-elle tenir son pari pour 2028 ?

En bref

La NASA veut renvoyer des astronautes sur la Lune, mais il lui reste plusieurs étapes importantes à franchir. Après un vol autour de la Lune en 2026, une mission doit tester les rendez-vous entre les vaisseaux en 2027, avant une tentative d’alunissage en 2028. La Chine vise, elle, la fin de 2029. Le succès dépendra autant de la régularité des missions que des dates annoncées.

Le retour commence par un rythme de lancements soutenu

Pour Jared Isaacman, le directeur de la NASA, la cadence des lancements est au cœur de la stratégie de l’agence. Disposer de plans ambitieux et de vaisseaux perfectionnés ne suffit pas : il faut aussi lancer le Space Launch System, ou SLS, au moins une fois par an. Selon lui, les vols habités dans l’espace lointain exigent de s’exercer régulièrement, et non de mener des campagnes espacées de plusieurs années.

Cette insistance sur la répétition ne relève pas d’un simple détail d’organisation. Chaque mission permet aux équipes de se familiariser avec les systèmes, de mieux coordonner le travail entre les vaisseaux et le contrôle au sol, et de tirer parti de l’expérience acquise avant de passer à une étape plus complexe. Bâtir un programme composé de missions successives suppose aussi d’investir massivement dans les lanceurs et les infrastructures opérationnelles. Dans la vision de Jared Isaacman, des lancements réguliers doivent donc permettre d’utiliser au mieux l’argent public et de gérer les risques associés aux vols habités.

Le patron de la NASA ne s’attend pas à retrouver le rythme des premières années de la navette spatiale, quand quatre vols pouvaient avoir lieu en une année. Il ne pense pas non plus que l’agence reproduira le modèle des missions Apollo. Mais, à ses yeux, un lancement annuel constitue le minimum acceptable pour un programme qui vise des missions habitées loin de la Terre. C’est aussi une manière concrète d’évaluer les progrès d’Artemis : l’enjeu n’est pas seulement d’annoncer un objectif lunaire, mais de s’en rapprocher régulièrement.

La mission de 2027 ne se posera pas sur la Lune

Selon le calendrier présenté par Jared Isaacman, Artemis 3 doit suivre le vol d’avril 2026 et être lancée en 2027. Il s’agira d’une mission habitée en orbite terrestre basse, et non d’un voyage avec alunissage. La NASA profitera de cette étape pour tester les procédures de rendez-vous et d’amarrage entre la capsule Orion et l’un des deux atterrisseurs lunaires en cours de développement, voire les deux. Ces appareils sont conçus par SpaceX et Blue Origin : il s’agit de Starship et de Blue Moon.

Ce test est essentiel, car il permet de vérifier une étape intermédiaire entre le transport de l’équipage depuis la Terre et son arrivée à la surface lunaire. Le vaisseau qui emmène les astronautes n’est pas l’atterrisseur censé les conduire sur la Lune. Il faut donc vérifier que les appareils peuvent se rejoindre et fonctionner ensemble selon les procédures prévues. Artemis 3 ne doit donc pas être considérée comme une tentative d’atteindre la Lune, mais comme un essai préparatoire destiné à mettre le programme en état de poursuivre les opérations.

Le projet bénéficie de l’élan donné par Artemis 2, dont l’équipage a fait le tour de la Lune en avril 2026. Jared Isaacman a déclaré que le programme lui semblait désormais suivre une trajectoire plus réaliste qu’auparavant et s’est dit satisfait du résultat de ce vol. Toutefois, la réussite d’une mission ne règle pas automatiquement les questions de calendrier ni celles de la préparation de tous les éléments nécessaires aux prochaines étapes. C’est pourquoi le responsable insiste sur la poursuite des lancements, de l’entraînement et des essais, plutôt que de considérer ce succès comme une ligne d’arrivée.

En quoi la course actuelle diffère-t-elle de celle d’Apollo ?

La compétition entre les États-Unis et la Chine rappelle la course à la Lune qui opposait les États-Unis à l’Union soviétique dans les années 1960. Jared Isaacman souligne toutefois que la comparaison a ses limites. Pendant la guerre froide, les États-Unis disposaient, selon lui, d’une avance considérable en informatique et dans plusieurs domaines technologiques. Aujourd’hui, estime-t-il, la concurrence est beaucoup plus serrée : la Chine a des capacités qui en font un adversaire sérieux, et non un pays que l’on pourrait considérer comme très en retard sur les États-Unis.

Les échéances annoncées sont assez proches : les États-Unis visent un alunissage habité vers la fin de 2028, tandis que la Chine affirme vouloir envoyer des astronautes sur la Lune avant la fin de 2029. Jared Isaacman reconnaît que la Chine pourrait atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé. Il s’appuie notamment sur les atterrisseurs, les rovers et les combinaisons spatiales que le pays a présentés, ainsi que sur le concept d’une mission reposant sur deux lancements et prévoyant la réutilisation des équipements. Ces éléments expliquent pourquoi, d’après ses propos, la NASA ne considère pas l’échéance chinoise comme une éventualité lointaine ou purement théorique.

La comparaison des dates ne suffit pourtant pas à déterminer qui remportera la course. Un alunissage habité est une entreprise complexe, qui dépend du bon fonctionnement des lanceurs, des vaisseaux, des systèmes et des procédures. Tous ces éléments doivent fonctionner de concert. L’objectif de la NASA de lancer le SLS chaque année vise donc à entretenir l’expérience des équipes et leur niveau de préparation, plutôt qu’à afficher simplement un plus grand nombre de vols. Tout retard dans une phase d’essai ou de coordination peut mettre sous pression le calendrier qui doit mener à l’alunissage prévu en 2028.

L’expérience des équipes, un atout essentiel

Pour Jared Isaacman, la NASA ne peut pas s’appuyer uniquement sur les leçons du programme Apollo : les missions Artemis suivent une conception et une trajectoire différentes de celles des anciens vols. Il a rapproché Artemis 2 d’Apollo 8, puis Artemis 3 d’Apollo 9, pour rappeler que viser la même destination ne signifie pas reprendre les mêmes plans. Chaque étape a ses propres exigences, et le nouveau programme suit une approche distincte de celle adoptée par l’agence dans les années 1960.

Ce qui relie les deux périodes, selon lui, c’est la valeur des compétences au sein de la NASA et du secteur industriel, ainsi que l’énergie et l’ambition qui poussent les équipes à mener à bien un vaste projet. Cette expérience ne se résume pas à la fabrication d’une fusée ou d’une capsule. Elle se traduit aussi par la capacité à tester les systèmes, à gérer les multiples aspects d’un vol et à apprendre des missions précédentes. Après Artemis 2, la NASA doit donc transformer le succès obtenu en savoir-faire réutilisable pour Artemis 3, puis s’appuyer sur ce qu’elle aura appris pour préparer la suite.

Artemis 4 doit être la mission qui tentera l’alunissage habité visé par la NASA en 2028. Le programme se déroule ainsi en plusieurs temps : un vol autour de la Lune réalisé en 2026, un essai de rendez-vous en orbite terrestre en 2027, puis une tentative d’atteindre la surface en 2028. Cet enchaînement montre que l’alunissage ne consiste pas à passer directement d’un vol autour de la Lune à une descente sur le sol lunaire : il faut d’abord valider plusieurs étapes intermédiaires. Il explique aussi pourquoi Jared Isaacman défend au moins un lancement par an : de longues périodes sans activité pourraient compliquer le maintien de la préparation des équipes et des systèmes.

Un enjeu qui dépasse le drapeau planté sur la Lune

Aux yeux de Jared Isaacman, la compétition ne se résume pas à savoir quel pays arrivera le premier. Il relie son issue à la place des États-Unis dans le monde, à la confiance dans leurs capacités technologiques et à la crédibilité de leurs engagements en matière de sécurité. Il a évoqué des choix susceptibles d’être influencés par l’équilibre des forces entre les pays, notamment en matière d’intelligence artificielle, d’ordinateurs, de voitures, d’avions ou de navires. Dans cette perspective, ne pas atteindre l’objectif lunaire aurait des conséquences internationales et ne serait pas seulement un revers pour le programme spatial américain.

Ce lien souligne la transformation des missions lunaires : elles sont devenues à la fois un projet d’exploration scientifique et symbolique, et une mise à l’épreuve des capacités de planification, d’exécution et de compétition technologique. Il reste néanmoins important de distinguer la vision politique du responsable de ce que les missions permettront réellement d’établir. Les déclarations traduisent l’évaluation que fait la NASA des risques et de l’importance de cette course. Pour juger les capacités du programme, il faudra plutôt observer les résultats des prochains essais et lancements, ainsi que les progrès accomplis vers l’échéance de 2028.

L’annonce d’une date cible ne garantit pas qu’elle sera respectée. Le plan exige la réussite du test d’Artemis 3 et la capacité de la NASA et de ses partenaires à poursuivre leurs efforts en vue d’un alunissage habité. Une question demeure donc : la cadence de lancement réclamée par la direction, conjuguée à l’expérience disponible, suffira-t-elle à transformer le calendrier en réussite concrète ? La réponse ne viendra pas des discours seuls, mais de la capacité de chaque étape à préparer la suivante.

Conclusion

La NASA mise sur une succession régulière de missions pour ramener des astronautes sur la Lune avec Artemis 4, en visant un alunissage à la fin de 2028. Après la réussite d’Artemis 2 en avril 2026, l’agence prévoit de lancer Artemis 3 en 2027 afin de tester les rendez-vous entre les vaisseaux en orbite terrestre basse. Jared Isaacman appelle, de son côté, à lancer le SLS au moins une fois par an. La Chine vise un alunissage avant la fin de 2029 et dispose, selon les éléments présentés par le patron de la NASA, de vaisseaux, d’équipements et d’un projet fondé sur deux lancements. La course ne se jouera donc pas sur les dates annoncées, mais sur la capacité de chaque pays à transformer ses plans en missions réussies et à les enchaîner.